Un homme pour toi - passage 5

Et l'on pouvait habiter dans cette ville au printemps comme de tout temps : il y avait ces tout petits villages que l'on repérait ou que l'on ne repérait pas mais qui se vivaient à pied, qui commençaient et finissaient ainsi, et déployaient leur centre ainsi. Et toujours quelques personnes seulement les faisaient, ces tout petits villages en ville, et la liste était connue.
Et c'était avec le temps, c'était comme cela que quelques personnes faisaient le centre et le monde, avec le temps qu'elles donnaient. Mais peut-être cela n'avait-il pas tant d'importance, le choix du lieu, mon amour, face à la grande blessure du monde qui partout nous aurait blessés, ou bien au contraire jamais n'aurait eu la moindre chance de nous blesser, nous qui l'aurions reçue depuis toujours, la grande blessure du monde au centre.

Et nous aurions eu de la chance, peut-être, d'avoir de tout temps reçu cela, mais rien n'était moins certain. Et rien n'était moins certain non plus que mon amour, mon amour. Car mon amour pliait et mon amour ployait, il te demandait sans cesse. Car mon amour était, je n'ose même pas le dire, si merveilleusement et si joyeusement incertain d'elle.
Alors mon amour créait sans cesse une suite pour elle, une nouvelle fantaisie, je ne sais pas, avec elle ou pour elle, et pourvu que. Et ensuite encore un tout petit peu de silence, ou quelque chose qui y eût ressemblé.

Un homme pour toi - passage 4

Tout ce qui avait été donné en marge de toute attente ou de toute propriété peuplait le monde, créait du mélange, suscitait de l'ouverture dans les solidités, des parcelles d'autre chose dans les toujours tout seuls, des morceaux de lumière dans les uns pour soi.

Un homme pour toi - passage 3 (Calcutta)

Cela se passe à Paris au printemps. Deux personnes s'aiment en présence ou en l'absence d'une troisième, à moins qu'il n'y ait là qu'une seule personne. Cela se passe à Paris au printemps et à Calcutta.

ou bien :

Cela se passe à Paris au printemps. Deux personnes s'aiment en présence ou en l'absence d'une troisième, à moins qu'il n'y ait là qu'une seule personne, ce dont l'avenir décidera. Cela se passe à Paris au printemps et à Calcutta.

ou bien :

Cela se passe à Paris au printemps. Deux personnes s'aiment en présence ou en l'absence d'une troisième, à moins qu'il n'y ait là qu'une seule personne, ce dont l'avenir et Calcutta décideront. Cela se passe à Paris au printemps et à Calcutta.

ou bien :

Cela se passe en lui au printemps et l'hiver et l'été à Calcutta, et ce temps ne veut pas finir : la joie veut l'éternité.

Un homme pour toi - passage 2

Et puis ces très hautes hanches et la soudaine gravité qu’elle avait parfois depuis ces très hautes hanches, car une jeune femme inventait parfois une soudaine gravité depuis de très hautes hanches. Alors il fallait peut-être qu’elle le fît un tout petit peu souffrir, et même qu’elle lui enlevât carrément cette chose-elle qui était leur amour et aussi qu’elle eût déjà accompli cela un tout petit peu sur elle-même.

Un homme pour toi - passage 1

Alors elle me demandait peut-être de l'aimer elle avec cette chose-elle qui était leur amour à eux, de l'aimer elle ainsi partagée ou multipliée ou bien encore de l'aimer elle malgré cette chose-elle qui était leur amour. Entre nous se seraient ainsi déployées plusieurs sortes d'impossibilités, même s'il se pouvait qu'elle ne m'eût jamais rien demandé de cet ordre, jamais.

« La transcendance de l’Ego » à bâtons rompus

échaffaude

Il y a plusieurs présupposés de la dite « Métaphysique » qui semblent inadmissibles aujourd'hui (après Freud, Mélanie Klein et Lacan, mais surtout après le travail expérimental et singulier d'une psychanalyse) : il y a d'abord et principalement l'idée que le "je pense" est dense. Si l'on ne part pas d'une disqualification de cette densité supposée (disqualification fondée sur l'expérience qu'avant tout "je suis dépassé"), on stagne, on reste obscur : on croit en la philosophie. Or il faut bien dire que nous en sommes largement encore là en France comme ailleurs, et aussi bien en littérature : pour le plus grand nombre, et y compris le plus grand nombre des intellectuels - allons-y gaiement - qui se dédouanent d'un "Lacan ! mais bien sûr ! mais je n'ai lu que lui ! mais je lui consacre même un opus !» (anti ou anté-lacanien bien sûr, cf. « L’il y a du rapport sexuel » de J.-L. Nancy), pour le plus grand nombre disais-je, Lacan n'a pas eu lieu ou il ne valait pas (cf « ces gens-là me désupposent un savoir » in le Séminaire « Encore ») : idem.

Il y a notamment le "là où je pense, je ne ne suis pas" (célèbre retournement lacanien du « cogito » de Descartes) qui (pour le plus grand nombre) N'A PAS EU LIEU. Alors un spécialiste m'opposerait peut-être la dite « Phénoménologie » comme ayant déjà disqualifié dès longtemps (Husserl et alii, Heidegger qui enfonça le clou) la validité du "je pense est quelque chose de dense"... cartésien. Je ne parle pas en spécialiste : il faudrait que je lise ou relise mieux peut-être Merleau-Ponty, Ricœur et d'autres ("La transcendance de l'Ego" est une œuvre de Sartre). Mais il me semble que le fameux "la conscience de quelque chose" husserlien ("toute conscience est conscience de quelque chose") déplace seulement la question que l’on a à se poser en direction des objets. Quelle question déjà ? Mais la question de savoir et de décider une bonne fois pour toutes (!) - afin de partir de là, de commencer ou de recommencer par là - la question de savoir et de décider si "je est dépassé" ou non. En d'autres termes, qu'il y ait des objets QUE JE VOIS n'interroge pas le réel de la cause regard. Et donc partons ou repartons de là, ou rien.

On m’opposera peut-être ensuite un que dites-vous exactement, à propos de J.-L. Nancy ? Ecoutez, le relativisme subjectif de « l’expérience d’une psychanalyse » n’est pas en cause ici. Lisez seulement l’ensemble des occurrences du « il n’y a pas de rapport sexuel » chez Lacan, déduisez-en par vous-même ce que Lacan entend par « rapport », ce qu’il conceptualise de façon originale comme « rapport » (qu’il « n’y a pas »), et puis ensuite lisez l’opus de J.-L. Nancy (une conférence faite devant une société « lacanienne » de psychanalyse ! – soit dit en passant un très bon texte, un texte très bien écrit comme toujours chez Nancy et témoignant d’une grande rigueur, d’une grande fermeté de la… pensée), lisez et comparez. Le titre annonce déjà la couleur : il s’agit de nier (« il y en a du rapport sexuel, bien sûr qu’il y en a ! » – Mais s’agit-il du même « rapport » (dont Nancy analyse fort bien l’étymologie dans son champ à lui) ? Est-ce le non - « rapport » lacanien qui est interrogé ? Toute la question est là et la réponse (à lire Nancy) est non.

alors un petit extrait en sus, parce qu’il y a chez le Sartre d’il y a plus de cinquante ans bien des points communs avec les conclusions que je balance ici à la hussarde, sans socle, il faut bien me reconnaître et/ou me passer cela (ou pas) :

Sartre, avant-propos et argument de « La transcendance de l’Ego » :
Pour la plupart des philosophes l'Ego est un
« habitant» de la conscience. Certains affirment
sa présence formelle au sein des « Erlebnisse »,
comme un principe vide d'unification . D'autres -
psychologues pour la plupart - pensent découvrir
sa présence matérielle, comme centre des désirs
et des actes, dans chaque moment de notre vie
psychique. Nous voudrions montrer ici que l 'Ego
n'est ni formellement ni matériellement dans la
conscience : il est dehors , dans le monde ; c'est un
être du monde, comme l'Ego d'autrui.

Passionnant projet de Sartre, n’est-ce pas ? Sartre va donc s’en prendre aussi bien aux phénoménologues « purement » husserliens ( pour lesquels « la présence formelle » de « l’Ego » se déduit en tant que « principe vide d’unification » des « Erlebnisse » - les « événements vécus par un être humain », traduirais-je) qu’aux « psychologues » freudiens et post-freudiens. Seulement voilà : de quel « Ego » parle-t-on ? (Sartre, lui, est très clair sur ce point : son « Ego » à lui est finement défini en un mix tout personnel conceptualisé à partir de la seule tradition philosophique, dont la psychanalyse lacanienne est bien évidemment « forclose », ou plutôt seulement « absente »). Pourtant, p. 86-87 du texte (les toutes dernières) : « il suffit que le Moi soit contemporain du Monde et que la dualité sujet-objet, qui est purement logique, disparaisse définitivement des préoccupations philosophiques ». Nous retrouvons-nous donc là ? Je crois que oui, et idem sur le "je pense" bien sûr et bien avant Lacan.

etc.

Sartre

Conclusion de la cure

D'avoir été cet objet, un lieu. Un lieu où pouvait se déposer tout ce qui ne pouvait pas avoir eu lieu, tout ce qui ne devait pas avoir eu lieu. D'avoir tant et si bien été cet objet-lieu, qu'une incarnation du refus le plus absolu s'en suivit : ne pas devoir, ne pas pouvoir. Le lieu est encore là en moi aujourd'hui, mais je ne suis plus exclusivement cet objet-lieu : conclusion de la cure.

Etendue

il y a cette question d'entrer en vérité avec le monde et/ou avec toi, avec toi, qui précède toujours ton désir d'écrire par exemple un livre, qui le constitue (ce désir); et là tu ne veux pas, tu ne peux pas; ça fait un moment que c'est comme ça, tu ne veux pas, tu ne peux pas; tu traces des points-virgules à la place, des n'importe quoi, tu travailles, tu manques d'étendue, d'absence, de courage, de tristesse.

Envoi - version 14

"On n'est pas seul dans un parc. Mais dans la maison, on est si seul qu'on en est égaré quelquefois. C'est maintenant que je sais y être restée dix ans. Seule. Et pour écrire des livres qui m'ont fait savoir, à moi et aux autres, que j'étais l'écrivain que je suis".
Marguerite Duras, Ecrire.




On se demande un peu qui sait vivre seul, par exemple. On se demande cela quand on est seul dans une maison ou dans un appartement quelque part, au fond des bois. Et pourquoi faudrait-il savoir cela, aussi.
Mais seul dans un petit appartement comme le vôtre, cela n'est pas tellement le fond des bois, non plus. Et seul dans ce petit appartement, je ne vois pas comment il pourrait ne pas y avoir au moins quelqu'un d'autre que vous, mais sans nécessité de foule. Seul dans votre petit appartement de Paris en compagnie de Marguerite Duras qui est morte depuis longtemps.

On n'est pas seul à savoir que cela ne se sait jamais complètement, être soi-même, mais seulement un tout petit peu, du bout des lèvres, entre deux portes. Même Marguerite Duras, même Duras, je ne crois pas. Et certainement pas seul, jamais seul. Et l'on se demande aussi si cela ne ferait pas disparaître les choses une à une, d'être vous et rien que cela, si cela ne ferait pas disparaître les choses une à une, rien que d'être vous. Les choses et les autres êtres qu'il y a dans le monde. Et non pas seulement les fous, la guerre, la solitude. Mais cela n'arrivera pas.

C'est sans doute avec le temps que cela se fait, le temps passé à ne pas attendre ou à ne plus attendre quelqu'un. Une femme et le temps, dans le désordre mode d'emploi. Et je ne sais pas si vous direz son nom, mais je ne sais pas non plus si vous pourrez ne pas le dire, le nom de cette jeune femme. Mais Marguerite Duras, ça oui, vous pouvez.
Le lieu c'est Paris, cela n'est pas Trouville. Un petit appartement du centre dans lequel on se sent chez soi, grâce à quelques objets qui vous sont chers et à la belle lumière qui y verse, le jour. Et puis les lampes que l'on y allume le soir, lorsque l'on boit de l'alcool. La belle lumière de Paris. C'est ici que vous avez écrit Paranormal et Un homme pour toi, il n'y a pas si longtemps.
Alors il y a quand même la solitude de l'absence de l'autre, mais pas dans Un homme pour toi. Un homme pour toi c'était un homme pour cette jeune femme et il s’écrivit bien souvent en sa présence, chez elle ou chez vous, à la terrasse des cafés que vous aimez, sur de petits carnets noirs qu'elle vous avait offerts, les fameux Moleskine d'Hemingway paraît-il, ceux de tout le monde et de personne, les Moleskine d'elle et de vous seuls. Vous vous absentiez ainsi en sa présence et d'accord avec elle qui écrivait aussi, ou qui lisait, ou qui téléphonait à son amant.

Et il faut faire lire à tous les stades, quand on en a envie et à qui l'on veut, des morceaux, des passages du tout que l'on espère, lorsque l'on commence à espérer, et cela peut vous venir dès le début, ou bien seulement à mi-parcours. Ou alors jamais, je ne sais pas si quelqu'un comme Samuel Beckett espéra jamais, par exemple, mais il faut faire lire un peu à cause de l'amitié.
Mais c'est surtout par vous qu'il faut faire lire, par vous qui ne vous écoutez plus, si on peut. Mais pas trop. Pas trop parce que cela peut dégénérer très vite en fait de reniement, le feu, les flammes, tout ce qu'on veut, Trouville. Tout ce qu'on veut quand on se hait parfois, quand on se hait les mots. Et quelle petite chose, quelle toute petite chose. Mais la liberté, je le dis ainsi.
Et vous lui faites lire à elle, vous lui faites beaucoup lire à elle, ou bien vous lui lisez à haute voix pour entendre comment ça sonne, comme c'est égoïste de votre part, et surtout si quelque chose est dit quand même, malgré cette règle d'or de n'avoir rien à dire qui précède.
C'est une loi, c'est tout, ou alors cela sera autre chose, je ne sais pas, quelque chose comme du voyage à pied dans le désert de Gobi. Et c'est très bien aussi, le voyage à pied dans le désert de Gobi. Mais cela n'a rien à voir avec ça, il faut dire les choses ainsi même si elles meurent ou qu'elles sont déjà mortes, même si on agit cette mort rien qu'en étant soi.

Le petit appartement où cela se passe depuis pas si longtemps est agréable au cœur de la ville, et légèrement en retrait. Et cela n'est pas à cause des gens, cela n'est pas grâce aux amis qui y passent ni grâce aux chats qui y vivent avec vous. C'est grâce aux objets qui y sont et aux couleurs, aux tissus, à la musique que vous écoutez et qui habille parfois l'espace, votre espace du moment. Et c'est aussi grâce à cette jeune femme qui n'habite pas chez vous. Son nom, son nom et son visage.
Et cela n'est pas grâce à ce petit appartement de Paris, que vous écrivez. Vous feriez cela ailleurs, n'importe où. La folie et l'amour de Paranormal et d'Un homme pour toi, par exemple, la folie et l'amour qui s'excluaient et ne s'excluaient pas tant que cela. Cela n'est pas du tout comme à Neauphle. Neauphle détermina longtemps la chose, comme Trouville. Et puis j'étais une femme aussi, peut-être. Et vous un homme, peut-être.
Et la folie et l'amour ne s'excluent pas. Ce sont la folie et tout désir qui s'excluent, ça oui, et Lacan l'a dit à propos de Lol V. Stein. Mais Lacan n'a pas réellement dit que tout désir et toute folie s'excluaient, il a dit qu'il ne fallait pas que je sache, sinon je deviendrais folle. Et il n'a même pas dit cela, il n'a jamais dit cela, que qui que ce soit pouvait devenir folle ou fou, il a dit qu'il ne fallait pas que Marguerite Duras sache, parce que sinon elle se perdrait et que cela serait la catastrophe.
Vous n'avez jamais lu Le Vice-consul, ou plutôt vous ne l'avez pas encore lu, alors cela donne peut-être de l'espoir, ces toutes petites choses. Le type qui tire à balles réelles la nuit sur n'importe qui, depuis ses appartements de Lahore ou de Calcutta, vous ne savez plus, vous ne savez plus puisque vous ne l'avez pas lu. Mais Calcutta c'était pourtant là, Calcutta c'était là puisque c'est le nom que vous avez donné au lieu de la folie furieuse dans Un homme pour toi. Car vous donnez parfois des noms au lieu de la folie furieuse, mais pas encore à la femme que vous aimez.

On écrit pour se sauver d'un amour, même quand on en parle, ou peut-être surtout quand on parle de cet amour-là. Parce que cela met en danger, peut-être, sinon c'est autre chose. Et donc on veut se sauver, il y a cette nécessité.
Et on écrit peut-être aussi l'histoire d'un amour pour l'éliminer, pour éliminer l'objet de l'amour à l'intérieur de vous. Mais le premier mouvement serait quand même de lui donner la vie, à cette femme à l'intérieur de vous qui redouble l'autre, la vraie dont l'être est toujours ailleurs, la vraie qui n'est jamais toute à vous.
Et Jacques Lacan n'a pas dit cela du tout, comme c'est agréable, comme c'est agréable de dériver je trouve. Elle ne doit pas savoir, elle ne doit pas savoir qu'elle écrit ce qu'elle écrit, aurait-il plutôt dit, c'est assez différent d'il ne faut pas qu'elle sache, sans doute. Elle ne doit pas savoir l'heure qu'il est, mais c'est quand même une question d'autorisation, voilà.

Une solitude que l'on peut dire réelle, ou vraie, est atteinte d'aimer. Est parcourue d'aimer. Mais passons. Vous vous interrogez sur l'être ailleurs de cette jeune femme. Mais passons. Vous ne seriez pas celui qui écrit. Nous devons expliquer cela, c'est tellement incompréhensible, vous comprenez ? Est-ce que vous m'entendez ? Est-ce que Marguerite Duras est quelqu'un que vous entendez réellement? Vous ne répondez pas ? Est-ce que vous me voyez, alors, est-ce que vous voyez ma forme physique, là, devant vous, dans votre petit appartement de Paris ? Vous ne répondez toujours pas ? Vous vous dites que vous ne me voyez pas à proprement parler, mais que vous parlez à quelqu'un et que quelqu'un vous parle, qui est moi. Pourquoi moi ? Pourquoi moi et non pas quelqu'un d'autre, ou bien simplement votre imagination ? Vous ne répondez pas ?

On écrit peut-être parfois pour ne plus entendre, et que ça ne parle plus. Et l'alcool c'est la même chose. Ne plus entendre ce qui s'écrit, mais surtout ce qui ne s'écrit pas. Ne plus entendre le vide des interstices, je le dis comme cela. Car l'écrivain entend cela, parfois, ou bien il n'entend même que cela, cet insupportable-là. Et parfois même, son sujet, son seul sujet c'est cela. Ce qui s'entend et ne s'écrit pas. Et il écrit à ce sujet, autour, il écrit cela.
Quelque chose va changer, ici, et vous n'allez plus pouvoir lui faire lire peu à peu, à cette jeune femme. Quelque chose comme un peu de votre vérité qui serait dite ou écrite, un peu de votre vérité mais à la fois beaucoup trop de cette vérité, cette fois. Et beaucoup trop brûlante serait cette vérité, beaucoup trop brûlante pour vous et aussi pour elle.
Il y a un savoir que vous ne possédez pas, au sujet de cette vérité, un savoir dont vous manquez même peut-être cruellement.

Alors pourquoi n'êtes-vous pas dans le regard comme tout le monde, comme Alain Robbe-Grillet ? Pourquoi ne nous dites-vous pas, ce petit appartement, sa moquette est bleue outremer, les coussins du canapé sont jaunes canari, le lit de la chambre fait une place et demie, et les reproductions d'Egon Schiele que vous avez là sont des jeunes filles à demi-nues comme il se doit. Pourquoi n'entrons-nous pas ici, dans la chaleur de ce petit appartement où des sculptures en cinéfeuille – un fin papier métallique opaque qui sert dans le cinéma – et quelques peintures récentes de la jeune femme que vous aimez parsèment l'espace ?
Nous y entrons, nous y sommes. Comment sont ces tableaux ? Ce sont des monochromes peints à l'huile et travaillés parfois au couteau, certains sur de très grands formats, d'autres sur de tous petits. Et il y a un dilettantisme à la manœuvre, cela se sent, un dilettantisme maîtrisé : il n'y a pas de grand discours sur l'art, chez ce peintre, chez cette jeune femme, mais seulement de la matière qui est là et qui se donne, qui se retire ou est enlevée. Donnez-nous de la matière.

Pourquoi êtes-vous si immobile, si immobile mentalement, physiquement ? Vous croyez que l'on écrit avec des mots, c'est cela n'est-ce pas ? Et qu'il n'y a pas à aller chercher ailleurs, qu'il n'y a pas à vivre. Quelle chose étrange, quelle chose étrange dans ce petit appartement de Paris. Je n'étais pas comme cela, moi. Ce refus qui vous anime, il n’y a rien d’autre à dire, il n'y a rien d'autre à dire peut-être.
Mais il y a quelqu'un d'autre en vous qui veut faire, et comme forcer la chose. Et l'on entend parfois les deux, dans ce que vous écrivez. C'est ainsi, c'est ainsi peut-être : le souffle n’est pas nécessaire. Car si vous n'étiez pas dans le regard, c'était d'être vous-même regardé. Et pour entendre, c'était la même chose. Maintenant les gens veulent des personnages, ils en veulent vous comprenez, c'est tout. Ils veulent des corps alors que l'on ne se sait pas, que l'on n'est pas soi-même au programme ou que l'on est obscur, abstrus, abscons. Et foutu, parfois. Car nous sommes parfois foutus comme seuls le sont les pauvres, les exclus, les solitaires.
Mais alors, les personnages, les corps ? Car ils veulent des corps. Peut-être, mais cela serait tellement ne pas, ne jamais vouloir sauver. Et s'y prêter, même, à ne jamais vouloir sauver, s'y prêter gentiment.
Les pauvres, les exclus, les seuls. Ou bien alors des corps, quelqu'un, des personnages. Alors choisissez. Mais ne jamais pouvoir sauver, cela serait, leur donner ce qu'ils veulent. Et comme c'est agréable de dériver je trouve. Car l'on se dit parfois cela de certains dingues, ou d'un homme politique : parce que l'on confond. On confond avec certaines jeunes femmes qui peuplent le monde contre les guerres, certaines jeunes femmes comme celle dont nous avons parlé ensemble.

Maintenant vous faites l'amour avec elle, et sur un lit précis. Cela n'est pas le lit de votre petit appartement de Paris car c'est un lit ailleurs, un grand lit simple et les draps sont doux au toucher, de couleur claire mais ils ne sont pas tout blancs. Ils sont seulement de couleur claire et il y a de la place autour, à gauche, à droite, devant. Un grand lit et la lumière est douce aussi, autour.




L'amour
"L'amour" - photographie A. Descarmes, Paris 2001.

Paul-William

Il s’agit certes d’une sorte de secret, d’une intériorité à conserver. Mais ne va pas t’imaginer ici la moindre obligation (condition habituelle du secret habituel), Paul-William, car le secret dont je t’entretiens là ne peut en aucun cas se transmettre intégralement : il est essentiellement indévoilable intégralement. Car le secret de ce secret, Paul-William, c’est d’abord qu’il soit. Mais ensuite que ce secret ne soit pas intégralement connaissable par qui que ce soit, Paul-William.

C’est la position de croire, Paul-William, qui fonde le secret dont je t’entretiens ici, cette position-là et pas une autre figure-toi. C’est la position d’ajouter foi à l’extérieur environnant, à la lumière qu’il y a ou qu’il n’y a pas, aux êtres qui sont là ou qui ne sont pas là, à ce qu’ils disent à ce qu’ils ne disent pas, Paul-William, à ce qu’ils font à ce qu’ils ne font pas, aux animaux Paul-William, la position de croire à l’attente comme aux soudains apaisements Paul-William, à la matérialité de tout cela, à l’incommunicable comme à l’incommensurable Paul-William, à la vérité qu’il y a à l’extérieur et qui est sans rapport, mon cher, sans aucun rapport avec mon secret. Et qui ainsi le fonde, qui fonde mon secret.

Alors depuis cet état de secret que je le veuille ou non Paul-William, il m’est sache-le précisément possible de venir vers le monde, et même d’interroger ou encore de chercher à obtenir. Puisqu’il y a là dehors, partout, ce que je ne connais pas et qui ne me connaît pas. Puisqu’il y a là dehors, partout, ce en quoi je crois.

Dé-densification

Techniquement, la méthode de dé-densification du trop dense est la suivante : il ne faut pas s'arrêter. D'ailleurs la pensée ne s'attardera pas non plus à cette pensée-là.

Chapitre XXII

Je m'éveillai tard à en juger par les rayons du soleil passant au travers des persiennes et pendant un moment j'écoutai le silence profond, si différent de celui de la ville qui, même total, semble encore déchiré par l'écho de toutes les rumeurs passées. Alors tandis qu'immobile sur le lit je tendais l'oreille vers ce silence vierge, je crus découvrir que quelque chose y manquait. Non ces bruits familiers qui paraissent confirmer le silence lui-même et le rendre plus profond (moteur électrique montant l'eau de la citerne... balai promené par la servante sur le carrelage...), mais une présence. Ce silence, malgré sa plénitude, ne vivait pas; on eût dit que quelque chose lui avait été soustrait : c'était un silence d'abandon.
Alberto Moravia, Le Mépris, chp. XXII

Tes yeux

Tes yeux entraient en gare des aberrations et ça me déconcernait.

Pise

sise à la Tour de Pise,
étrange contre-jour,
romantique alluvion.

Tu

Tu as mené ce combat pour vivre, et tu l'as mené contre toi. D'autres ne furent pas contraints à un tel combat, mais toi oui. D'autres avaient su vivre dès l'abord, dès cet éternel après qui est le nôtre, mais pas toi. Pour que tombât l'Angoisse, il te fallut décider qu'aucun instant n'est moins intéressant qu'un autre, et qu'aucun instant n'est jamais perdu. Alors que d'autres n'eurent pas à décider de cette évidence : en eux elle prit corps, et son envers d'abîme ne fut jamais questionnant. Heureux, les riches.

Aimant

Il dit je bois pour me sauver de la nécessité de slalomer dans le monde, cette nécessité d'éviter la merde qu'il y a dans beaucoup de gens, une merde dont ils souhaitent seulement vous enduire, en toute simplicité; je lui réponds tu t'empêches ainsi justement, en buvant, d'être à peu près en mesure de slalomer; au remède, tu préfères le mal. Et par la même occasion tu t'empêches d'aimer, de ressentir ce joyeux vide-là : être aimant. Mais encore d'offrir ta lumière. Il y a aussi la chaussée glissante d'une ardeur qui t'est singulière. Qui n'est pas "du monde", elle, mais seulement tienne. Et dont tu souhaites également te prémunir en un effort aboutissant au résultat contraire. T'empêchant ainsi d'être à peu près en mesure de couper court.

L'été, tant d'arbres

Une douceur psychiatrique. Des égouts de bon aloi. L'été, tant d'arbres. Un ayant-droit bronzé et ce compte en banque pornographique. Une timidité glamour pourtant. Ou bien.

Oscar Sacher White

Il a toujours pensé, elle avait toujours pensé qu'écrire un très grand livre, c’était un peu de la chance, c’était de la chance. Cette action très comme ça, cette petite action comme ça, et prolongée, et que l’on prolongeait. Et l’auteur qu’il y avait, l’auteur qu’il ne pouvait manquer d’y avoir et qui était celui qui avait tracé les petits signes, là, les uns derrière les autres en cette performance continue, prolongée, continue ou discontinue mais prolongée, ça oui. Qu’évidemment c’était ça qui faisait, qui avait fait un très grand livre, son auteur. Et donc certainement pas son non-auteur, en tout cas pas la disparition derrière le texte mais bien le contraire, le contraire. D’un je sans parade, d’un je absolument seul et mille, pas le contraire, pas d’un je n’y suis pas mais d’un j’y suis, car j’y étais.

Ensuite que c’était de ce que l’on s’accorde à nommer l’esprit que naissait cette petite chose-une, cette petite chose qui ferait un, juste un livre, je veux dire le psychique. Et donc pas tellement d’une expérience littéraire ni même originellement "de langage", pas tellement. Et pourtant pléthore de ces choses sur le marché. Pléthore des brillants. Mais quand même un peu la langue et la langue seule devant, puisque l’esprit c’était aussi les agencements et le tournicotage, le vocabulaire. Mais d’un état d’avancement spirituel, et qui se fût communiqué d’abord (naissait un "très grand livre"). Les petits signes. Mais aussi certes les petits signes précédant l’état en question, celui-ci n’ayant pas spécialement les caractéristiques ni la nature d’une brochette, d’un pompon, d’une bactérie. Les signes devançant l’état d’avancement d’un quelqu’un se communiquant, et l’écrit l’enseignant lui, l’auteur, l’illuminant d’abord lui, l’auteur. Ou alors un peu moins bien que ça, mais en tout cas en retour.

Mais le rapport de l’état se communiquant avec une bactérie pourtant, où ça ne pense pas. Où c’est, car c’était. Alors y compris la haine, et y compris ce que l’on s’accordait à nommer l’amour puisque sans cela, pas les mêmes petits signes. Rilluminant le quelqu’un de l’auteur en retour, je le dis comme nous ne le pensions pas. Et puis cette petite connotation maniaque aussi. Pas de très grand livre sans cette petite connotation maniaque. Voyez Oscar Sacher White, voyez une chambre d’hôtel, voyez cet Oscar Sacher. Et puis cet épuisement du sens, pour que ça soit de l’être.

Les hautes herbes - kind of a song

Alors tapis sous les hautes herbes,
Ensemble nous attendions,
Retenant notre odeur,
Fourbissant les armes sacrées
Que nous avaient destinées les sorciers.

Ce fut d’abord un son léger,
Puis l’étrange et lointain murmure
Prit forme.
Fourbissant les armes sacrées
Que nous avaient destinées les sorciers.

Alors tapis sous les hautes herbes,
Immobiles et serrés,
Retenant notre odeur,
Ensemble nous attendions
De surgir, puis il faudrait courir.

Les grands mâles s’avancèrent les premiers.
Alors tapis sous les hautes herbes,
Retenant notre odeur,
Le cœur patient, le cœur si impatient,
À l’affût de l’instant,
Du plus exact moment.

Cela dura longtemps, longtemps,
Et ta main serra la mienne
De peur, de joie, je ne me souviens pas.
Retenant notre odeur à l’affût de l’instant,
Du plus exact moment.

Et rien ne transpirait lorsqu’un long cri,
Cette intense stridence,
Déchira la nuit qui finissait.
Alors je m’élançai, tu t’élanças, ils s’élancèrent,
Depuis ces très hautes herbes.

Et déjà les premières flèches zébraient
Le jour qui commençait,
Surgissant des très hautes herbes.
Je ne me souviens pas, ils s’élancèrent,
Tu t’élanças.

Et ta main serrait encore la mienne
Lorsque j’avisai, lorsque tu avisas,
Telle jeune femelle attardée là.
Qui sait pourquoi ? Pris-tu pitié d’elle, ou de moi ?
Je ne me souviens, je ne me souviens pas.

Alors mon tir dévia dans les hautes herbes.
Attardés là, pris-tu pitié d’elle ou de moi ?
Je ne me souviens pas,
Depuis ces très hautes herbes,
Depuis ces très hautes herbes.


© Alain Descarmes

Le contact

La littérature naît d’une déconnexion, d’une solitude. La transparence s’y oppose. Ainsi l’ère de la transparence n’est-elle pas propice à la littérature. La solitude dont je parle peut pourtant s’inventer au contact. Mais ce dont je parle ici, ne serait-ce pas simplement de l’inconditionné du désir ? Ou plutôt du désir comme seule condition absolue. Pas sûr. On en a vu beaucoup ne pas la désirer du tout, LA littérature. On en a vu auxquels cela s’imposait et puis c’est tout. Dans mon hypothèse en tout cas, il y aurait toujours déjà solitude. Et aucune solitude autre ne serait à rechercher.
Et puis LA littérature, puisque nous en sommes là en toute amitié, tiendrait à la fois d’une noblesse, et même de toute noblesse, mais encore du complètement foutu d’avance. Du complètement foutu depuis toujours et pour toujours. Voilà ce que l’on se dit parfois entre deux parties de pétanque. On se dit partie liée et on se dit l’aspect maudit de la chose, de la chose litt’ elle-même, voyez. Simplement quelques mots écrits, cet assemblage, cet assemblage.
Voyez aussi enfin le produit symbolique sophistiqué qu’est cet assemblage, mais encore son aspect radicalement opposé à toute sophistication, son aspect de matériel brut : une simple phrase, voyez, puis deux, puis trois, puis cinquante. Et d’un combat perdu d’avance de toute antiquité, où le réel l’emporte depuis toujours et continuera de l’emporter. Mais plus seulement le réel, aujourd’hui. L’instant technologique aussi. Achève de rendre la seule littérature foutue.

Début du roman

Lui ça le, soyons clairs. Mais si l'on aimait un peu ce qui partait et ensuite déviait, il y aurait peut-être destination et bon port. C'était à cause des relations et des décisions, si sa boussole, à cause des naissances et des périmètres tu vois. Car il ne s'agissait pour lui que d'un flot dehors, et non pas d'un à moitié dedans comme le nôtre.
La plaie et la moisson disons, si l'on voulait bien commencer par ce qui nous rapprochait. Mettons le entre deux continents, deux dérives qui se seraient effleurées sans jamais s'atteindre. Pas un parmi, mais une sorte d'extérieur à et cela l'orage, la panne et cet hormis, nous aurions pu comprendre dès l’orée que c'était pendant, je le dis comme ça.
Ne parlions-nous pas depuis un parce que sans matéralité, hum, dont nous aurions pourtant déployé les corps ?

Poésie contemporaine

Des bars, des bars, des bars, des restaurants et des bars. Un objet pris à l'extérieur de soi.

La poésie contemporaine : presque toujours un théorème, une construction conceptuelle qui précède. Pourquoi ? Ses auteurs : presque toujours des doctorants, de futurs Docteurs. En quoi ? Mais en littérature, enfin, en littérature. Et la nécessité, l'urgence ? Ce n'est pas ça qu'on sent.

par exemple : un luxe de corail, d'épiphénomènes, de langues agiles tu vois le topo; par exemple.

Vous comprenez cet homme, à la quarante-cinquième minute toujours exactement, levait la séance. Or l'incopnscient n'est pas comme cela. Ainsi opère-t-on domestication.

Perversion

Freud réhabilite les pervers et la perversion, c'est certain, cette structure psychique que la psychanalyse institue et institutionnalise par la même occasion aux côtés des psychoses et des névroses. Ce lot humain que Freud découvre et défriche, et personne d'autre avant lui. Ce lot humain de l'homme civilisé, celui de ce qu'il nomme malaise dans la civilisation. L'envers naturellement pervers de tout fantasme, par exemple, la nature essentiellement et même exclusivement perverse du fantasme de l'homme en tant qu'il y a là le nœud de son désir, la "perversion polymorphe" des enfants en bas âge, etc. Défriche et découvre, appuie, donne place et statut, réhabilite la perversion en sa légitimité logique, celle de l'inconscient que lui, Freud, découvre et démontre.
Lacan plus tard apporte d'autres lumières à la grammaire freudienne. Le sujet pervers vous divise, c'est là l'une de ses définitions. En d'autres termes s'il est proche de vous ou encore si vous avez ne serait-ce qu'affaire à lui, les paroles et les silences du sujet pervers, ses actions et ses inactions portent conséquence en un lieu de vous où il y a du vide, lieu d'incertitude et en particulier d'angoisse, lieu de désir tout aussi bien. Souvent le pervers n'a tout simplement rien à faire en analyse en ce sens qu'il n'en a pas besoin, et s'il y vient et qu'il y reste c'est juste pour faire chier l'analyste, soyons à peu près clairs. A l'analyste dès lors de faire avec et sans.
Mais entendons-nous bien, le pervers n'y peut rien. Le sujet pervers est d'abord assujeti au(x) langage(s) et à l'histoire singulière qui structure(nt) son être. Alors il en sait bien sûr quelque chose – il y a toujours une revendication spécifique du pervers, notamment celle d'un droit à la jouissance, et même bien souvent celle d'un décryptage extrêmement précis et/ou extrêmement lucide de la vérité de cette jouissance, la sienne et celle de l'autre, celle de l'humain – mais il n'y peut rien. Il en sait quelque chose mais bien souvent il n'en sait rien au sens de ce que tout le monde appelle le savoir conscient. Le pervers ne se sait pas pervers. De même en règle générale l'obsessionnel ne se sait-il pas obsessionnel, le schizophrène schizophrène, etc.
Après Freud en tout cas, plus de métaphysique, ou en tout cas plus jamais la même. Mais il y a encore une tendance à la morale, qui est une quasi-constante des sujets pervers. Une tendance à "l'éducation des jeunes garçons", par exemple, note je ne sais plus quel auteur au sujet de je ne sais plus quel écrivain, Mishima peut-être. Une tendance au rappel à l'ordre et aux us et coutumes, au savoir-vivre en somme. Le pervers se fait, plus qu'un autre, l'arbitre des élégances.

A.D.

"Ainsi le pervers, en produisant par sa manœuvre le désarroi de l'autre, entreprend de se rendre proprement le maître de son principe de réalité, (...) le détenteur du signifiant de la Cause qui est au fondement de la réalité" (Henri Rey-Flaud, "L'éloge du rien" p. 41, Champ freudien Editions du Seuil)

Sans titre

Beauté et beauté – roman (texte intégral)
Beauté et beauté

"Aucune Bretagne", p. 55

Il n'y a pas de géographie,
aucune Bretagne,
pas de montagne,
rien de vrai ici qui ne le soit ailleurs.
Aucune donnée.

Mouvements,
forces qui vont
ne disparaissent jamais.

Une mémoire demeure
en traces, destinées à être empruntées
à nouveau par d'autres.

Alain Descarmes, "Aucune Bretagne" (2004), p. 55